Brest à Carentan (juillet 2012)
Et nous sommes repartis le 15 Juillet pour la troisième et dernière partie du convoyage d'Arbutus qui concerne la partie entre Brest et Carentan. Mais avant de rentrer au bercaille, nous avons finalement décidé d'aller jusqu'aux îles Scilly si connues des navigateurs pour leur beauté et leur micro-climat. Initialement, je voulais aller jusque dans l'Ouest de l'Angleterre, mais par manque de temps, à cause aussi d'une météo plutôt automnale et de l'acclimatation de Sundy, nos plans se sont adaptés aux variables du moment. Nous avons tout de même décidé de tenter d'aller aux Scilly en passant par le Nord de Molène et d'Ouessant.
Nous sommes partis le matin vers les 9 ou 10 heures pour passer le goulet avant la renverse et essayer d'avoir le courant du flot entre l'île de Béniguet et le continent. Il est facile de voir sur la carte qu'à cet endroit, le courant de marée doit y être violent du fait qu'une partie de la Manche doit s'y déverser ... A mon avis, il faut bien choisir son moment pour passer et surtout éviter vent contre courant ...
L'AIS ne fonctionne pas
Nous avons passé le premier rail au crépuscule. Nous nous sommes vite rendus compte que l'AIS ne fonctionnait pas au niveau de mes espérances. L'AIS nous donnait que très tardivement la position des cargos et ne rafraîchissait leur position que très rarement. Nous avions définitivement un problème avec la réception AIS. De plus, nous avions des doutes sur le bon fonctionnement de la radio ... Cela provient très probablement de la ligne de transmission commune à la radio VHF et à l'AIS qui est composée de 3 éléments : d'un splitter d'antenne, d'un câble coaxial (en mauvais état) et d'une antenne.
Parenthèse technique :
Plusieurs causes peuvent expliquer ce problème observé :
- La ligne coaxiale abîmée, peut engendrer des pertes de sensibilité.
- Le coaxial étant inconnu, il peut être de mauvaise qualité et engendrer de la perte de sensibilité.
- Le splitter d'antenne peut être de mauvaise qualité, et peut ne pas fonctionner. Quoiqu'il en soit, le splitter d'antenne est un élément dans la ligne de transmission qui engendre des pertes.
- faire un tour mort sur l'anneau de la bouée pour réduire le frottement du bout sur l'anneau de la bouée
- protéger l'amarre qui passe dans le chaumard par une gaine. Pour cela, nous avons des chutes de tuyau d'arrosage ouvertes dans la longueur que nous utilisons en guise de gaine de protection des amarres.
Il n’a pas plu et nous avons eu de très belles éclaircies, c’était magnifique.
Ce qui nous a remonté le moral, car nous n'avions pas vu le soleil depuis pas mal de temps. Après notre retour sur le voilier, je n'ai pas eu le temps de plonger car une session de bricolage m'a pris la tête ...
Départ vers Helford River
Nous sommes partis le lendemain matin assez tôt pour aller mouiller dans Helford River. Lors de notre départ, avant de prendre le large, un phoque est venu nous saluer et nous souhaiter bonne route !
La météo était loin d'être parfaite mais c'était tout de même une belle navigation. Des dauphins sont venus pour la première fois jouer avec l'étrave d'Arbutus : Tellement magique que Sundy en a oublié son mal de tête. Une fois les côtes en vue, les paysages d'un vert luxuriant se dévoilent, c'est magnifique.
Nous avons remonté un peu la rivière pour aller chercher une bouée sur laquelle nous avons passé une nuit tranquille. Personne n'est venu nous raquetter et tant mieux.
La drisse de génois casse
Le lendemain, nous sommes partis vers Salcombe avec du petit temps. Au moment où nous avons déroulé le génois, quelque chose n'était pas normal : La voile n'était pas tendue dans sa partie supérieure et elle avait même tendance à tomber. Nous comprîmes rapidement que la drisse de génois est rompue : Nous avons du affaler. Heureusement que cela nous est arrivé alors que nous sortions de notre abris ... Nous avons pensé qu'il serait bien d'aller voir ce qui s'est passé en haut du mat. Il était peut-être possible de récupérer la drisse mais j'en doutais fortement. Elle était tombée dans le mat, pas moyen de la récupérer du haut. Nous l'avons ravalé complètement et avons utilisé une des deux autres à poste pour hisser à nouveau le génois.
Petite parenthèse sur les causes et conséquences qui n'en finissent plus : Ce n'est qu'à Carentan avec l'aide précieuse du lieutenant Sundy que j'ai réinstallé la drisse tombée avec l'aide de fil de pêche et de quelques plombs en guise de guide dans le mat. La malchance (ou plutôt le manque de précaution) a voulu s'acharner sur nous car un plomb est tombé dans le mat. Maintenant, il attend sagement que je veuille bien soulevé la mat avec la grue mise à disposition à Carentan pour le retirer mais pour cela, il faut 1 journée de travail !!!
Déjeuner sous spi
Nous avons continué avec le peu de vent au grand large. Les conditions étaient réunies pour sortir le spi. Thierry nous a montré une technique pour envoyer le spi qui facilitera nos prochains envois. Nous avons mis en place le pilote automatique afin d'avoir les mains libres pour préparer le déjeuner. Du coup, nous avons déjeuné dans le cockpit sous spi : C'était vraiment cool !
10 ou 15 milles avant d'arriver, le vent est devenu instable et a forcit. Nous avons du affaler avant d'arriver car les +100 m² de voile devenaient effrayants et un peu trop puissants à mon goût. Pour finir, on a viré et on a fait du près serré jusqu'à l'entrée de Salcombe. L'entrée dans la rivière est magnifique, les falaises vertes et abruptes qui se jettent dans la mer de part et d'autre de la rivière surveillent comme des sentinelles l'entrée de la ville.
Une fois passés, nous avons vu apparaître les premières villas luxueuses.
Tout est parfaitement entretenu, protégé. Les constructions humaines semblaient en harmonie avec la végétation. La ville était magnifique et nous a donné envie d'aller l'explorer.
Raquette à Salcombe
On a mouillé sur ancre devant la ville et pour la première fois pour nous et pour Thierry (plusieurs années d'expérience), nous avons du payer pour déposer notre ancre dans les fonds sablonneux de la rivière. C'est une nouvelle mode qui devrait arriver en France d'ici peu !!!
Une fois installés et notre situation régularisée, nous avons décidé d'aller mettre un pied à terre histoire de goûter à l'ambiance de Salcombe. Nous sommes allés au ponton visiteur avec notre annexe contre le courant violent de la rivière. J'ai cru que nous n'y arriverions jamais car le courant de la rivière était tellement fort, que le moteur de l'annexe avait du mal à l'étaler pour rejoindre le ponton un peu plus en amont. Une fois arrivé au ponton, nous avons ressenti très rapidement l'ambiance British : De jeunes anglaises ivres, à moitié nues ou plutôt mal fringuées, ne sachant pas marcher avec des talons, vont et viennent dans les rues de la ville entre deux pubs. Nous étions définitivement en Angleterre. Nous ne sommes pas restés très longtemps car je ne me sentais pas capable de me confondre dans cette faune avec nos vêtements de pluie jaune (on est venu en annexe) alors nous sommes repartis assez rapidement après avoir consulté la météo à la capitainerie et déposé nos poubelles ...
Départ pour Guernesey
Nous sommes partis le lendemain en direction de l'île de Guernesey mais cette fois-ci sans vent. Un anti-cyclone s'est installé au-dessus de nos têtes et nous a obligé à mettre en route le moteur. Nous avons traversé la Manche au moteur jusqu'au port de Saint Peter sur l'île de Guernesey. J'étais vraiment déçu de ne pas pouvoir avancer avec le vent. Une fois encore, si nous avions eu plus de temps devant nous, nous aurions tout simplement attendu que le vent se lève et je me serais occupé en bricolant, en lisant, en mettant à jour le blog, en pêchant, en faisant de la radio, en me reposant, en cuisinant, en discutant, en appréciant le temps qui passe ... Bref, je pense qu'il y a assez d'occupations sur Arbutus pour ne pas s'ennuyer.
Arrivés à Saint Peter, nous sommes sortis et avons visité la ville, cette fois avec des tenues correctes.
Nous sommes allés boire une bière dans un des pubs de la ville. C'était vraiment bon d'être arrivés dans cette ville, dans ce pub, devant cette bière par la mer (Dommage que c'était au moteur). Depuis notre départ de Port Leucate, nous avons fait pas mal de chemin et la bonne nouvelle est que Sundy ne se plaignait plus du mal de mer. Il lui arrivait encore d'avoir mal à la tête, mais depuis que nous sommes partis, elle allait mieux. Faut dire que que le temps s'était vraiment calmé.
Départ vers l'île médiévale de Sark
Le lendemain, nous sommes partis (au moteur) sur l'île de Sark après avoir fait quelques courses dans la matinée. L'île de Sark est, d'après le guide vert Michelin que nous avons à bord, une île qui a gardé son fonctionnement et ses lois féodales. Nous avons mouillé un peu à l'écart des nombreux voiliers déjà présents. Pour la première fois de ce convoyage, je suis allé chasser avec mon arbalette :-) La pêche n'a pas été mauvaise car j'ai ramené une vieille à bord. Je vous rassure tout de suite, une vieille est un poisson. C'était mon premier trophée. Cette vieille nous a nourri le soir même mais ce n'était pas fameux. La brandade que j'ai tenté de faire n'était pas très bonne mais nous a nourri. Durant cette même après-midi, nous sommes descendus à terre pour explorer l'île : Sundy avec son appareil photo et moi avec mes jambes en courant.
Sark est une île habitée qui a conservé non seulement son système du moyen-âge mais aussi son infrastructure. Je n'ai pas vu une seule voiture mais que des chevaux. Les routes ne sont pas goudronnées, les maisons ont conservé leur aspect d'antan, les champs et les prés sont de taille humaine. Sur cette île, les habitants circulent à pied, à vélo ou à cheval, c'est vraiment dépaysant et je recommande à tout le monde de débarquer, le dépaysement sera total, un peu comme un voyage à travers le temps. Encore une fois, si nous avions eu plus de temps, j'aurais souhaité pouvoir rester pour au moins faire le tour.
Le lendemain, nous avons remis en marche le moteur pour Cherbourg avec un arrêt à Alderney car le courant du flot ne dure pas assez longtemps pour rejoindre Sark à Cherbourg. Surtout que le passage de raz Blanchard dans ce sens doit absolument se faire avec le flot.
Mon premier bar pour nourrir l'équipage
Arrivés à Alderney, nous avons trouvé un mouillage vraiment tranquille avec une eau limpide.
J'en ai profité pour informer mes parents de nos avancées et plonger pour chasser notre dîner. C'est un bar cuisiné au four par Sundy qui nous a nourri le soir. C'était, cette fois-ci, délicieux.
Après ce bon dîner, nous avons repris la mer au moteur pour passer avec le flot le raz Blanchard. Le courant est vraiment puissant, c'est assez incroyable de voir ces remous.
Nous avons profité du vent apparent créé par le courant pour hisser les voiles. Et si mes souvenirs sont bons, nous avons atteint notre record de vitesse fond avec plus de 8 noeuds.
Une fois le raz passé, nous avons du remettre le moteur en route pour atteindre Cherbourg après minuit. Nous sommes allés mouiller devant Chantereyne pour une nuit assez courte car nous sommes repartis avec le flot suivant pour Saint-Vaast-la-Hougue.
Transhumance avec des dauphins comme bergers
Le départ de Cherbourg fut comme une transhumance : Nous sommes partis avec d'autres voiliers, dans la même direction, à peu près à la même heure vers 7 heures pour profiter du flot.
Cela donnait une atmosphère particulière. Un couple de dauphins nous a accompagné pour sortir de la rade, c'était bien sympa de les voir s'amuser avec l'étrave du voilier.
Ensuite, le flot et le moteur nous ont porté jusque devant Saint-Vaast où nous avons déposé notre ancre.
Pannes sèches en série
Comme il était assez tôt et que la pleine mer nous le permettait, avec Sundy, nous sommes partis en annexe nous promener dans la ville et aussi acheter du pétrole lampant pour notre réchaud à sec. En arrivant au niveau de la digue, avant l'entrée dans le port, à la hauteur des premiers chalutiers, panne sèche d'essence ! C'était la cascade des pannes sèches. Je suis obligé d'installer les rames de l'annexe pour venir me mettre à couple avec un chalutier. Autre règle à ne pas enfreindre en annexe : Toujours prendre les pagaies au cas où. Ainsi, notre promenade dans la ville se transforme en une recherche de gericane/essence/pétrole lampant. Notre recherche a été fructueuse et nous avons même eu le temps de manger une glace !
Nous sommes repartis avant que la mer ne s'en aille pour rejoindre Thierry et prendre l'apéro à bord ...
Le lendemain nous nous sommes levés pour notre dernière étape. Nous sommes partis au moteur, toujours avec le flot pour être à la bouée CI située à l'entrée de la baie de Vey au moment de la pleine mer. Comme nous étions un peu en avance, nous avons pris le temps de sortir la dernière voile non testée, le spi léger, et ainsi profiter du léger flux de Nord-Est (4 ou 5 noeuds) histoire de terminer ce périple par de la voile. Une fois arrivés à la bouée CI, nous avons affalé pour terminer au moteur jusqu'à la nouvelle maison d'Arbutus. Il faisait grand beau et chaud. Thierry est retourné à Paris en fin d'après midi par le train et c'était sur un au revoir à la gare que nous avons réalisé que le convoyage d'Arbutus était terminé.
Sundy a raconté ces mêmes jours, en anglais, vue de son bord. Lire son récit →























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