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Bègles à Pornichet (juillet 2012)

05 · 1 juillet 2012

Toujours dans notre convoyage d'Arbutus de Port Leucate vers Carentan, l'étape suivante est l'étape effectuée avec Jean-Guy, l'ancien propriétaire du voilier qui a eu la gentillesse de nous aider à remâter et convoyer Arbutus. Jean-Guy est venu nous rejoindre à Bègles puis nous sommes partis à Pauillac pour remâter. C'est sur la Garonne que je reçois les premières trames AIS provenant de gros cargos. C'est un soulagement de voir que cet appareil fonctionne ! En arrivant sur la Gironde, le clapot se fait ressentir. On espère que ça ne va pas s'empirer car on a encore le mat sur le pont ! Ce serait catastrophique de le faire tomber à l'eau, donc je prends quelques bouts pour l'attacher un peu plus : Juste pour le mental ... On voit apparaître Pauillac, par contre l'entrée du port est, elle, beaucoup plus difficile à voir. L'entrée est pourtant là mais elle est tellement près du bord que nous hésitons à nous y engager de peur de planter ... On remonte la quille, mais on en garde un peu histoire d'avoir de la marge au cas où nous planterions la quille dans la vase de Pauillac durant cette marée descendante ... Ce serait dommage de rester planter là sans pouvoir bouger pendant plusieurs heures en attendant que la marée remonte au milieu de la nuit ... On met quelques instants avant de se décider à rentrer. On s'engage finalement à bas régime, les yeux rivés sur le sondeur qui très rapidement nous indique qu'il n'y a pas assez d'eau. On continue doucement, on voit le bord très près et pourtant on rentre. Une fois entré, il faut se décider sur la place à prendre, mais avec notre mat qui dépasse de plus de 2 mètres sur l'avant, on décide au dernier moment de ne pas prendre une place sur un catway de peur de bloquer le passage sur le ponton. Du coup, on effectue un demi tour à l'entrée du port qui ne sera pas agréable pour Arbutus : La manoeuvre loupée nous fait toucher violemment un poteau en béton sur babord. Finalement, on jette notre dépourvu sur une place qui nous tend les bras en bout de quai ... Une nuit pour nous remettre de ces émotions de l'entrée de port et on enchaîne sur le matage d'Arbutus. voyage-bateau-narbonne-bordeaux-06.2012-113 Pauillac est LE PORT où vous devez aller pour démâter ou remâter. C'est le responsable du port qui a conduit la grue et il a pris les choses en main, ce qui est très rare ! voyage-bateau-narbonne-bordeaux-06.2012-116 Ici à Pauillac, en une demi heure, tout est en place, c'est rapide, précis et on ne se pose pas de question car un professionnel est là !!! voyage-bateau-narbonne-bordeaux-06.2012-121 Généralement les manutentionnaires qui manipulent les grues ne prennent aucune décision pour ne pas être responsable d'une erreur de jugement. C'est un raccourci soit disant les protégeant, mais que je trouve un peu trop facile. Est-ce que cette mentalité est propre au grutier français ou bien c'est une généralité ? En tout cas à Pauillac, ils sont top ! voyage-bateau-narbonne-bordeaux-06.2012-123 Jean-Guy fut d'une aide très précieuse car il connait bien le voilier après en avoir été le propriétaire pendant plusieurs années. Grâce a lui, le remâtage d'Arbutus s'est déroulé en une seule journée contre 2 jours pour le démâtage ! voyage-bateau-narbonne-bordeaux-06.2012-135 Un grand merci à Jean-Guy de nous avoir aidé car c'est vrai que remettre tout en place n'était pas évident. voyage-bateau-narbonne-bordeaux-06.2012-131 Dans la soirée tout est quasiment terminé. Le lendemain, c'est le départ de ma maman qui termine "ses vacances". Nous l'accompagnons à la gare et nous en profitons pour faire le plein de provisions pour la navigation jusqu'à Pornichet. On achète aussi quelques dizaines de litres de gasoil, on récupère les derniers GRIB et on décide de partir à 16h00 pour une étape à Royan avant de passer la bouée d'eau saine au large de l'estuaire de la Gironde. A 16h00 nous partons avec la marée, vent dans le pif donc venant d'Ouest. Ce vent contraire au courant soulève des vagues qui inondent le pont et même le cockpit ... On est quasiment les seuls à naviguer à la voile, tout le monde est au moteur. Après avoir joué et tiré quelques bords dans la Gironde, on se rend compte que nous n'aurons pas le temps de rejoindre Royan avant la bascule : Il va falloir mouiller. On mouille à l'Ouest de Mortagne sur Gironde dans environ 5 mètres d'eau. Le courant est assez violent et le mouillage pas très confortable. C'est juste pour attendre que ça se renverse. On part à 5h du matin et on va essayer de passer la bouée d'eau saine sans s'arrêter à Royan qui se trouve à quelques milles à l'Ouest. Cette fois-ci, on arrête de s'amuser, on part au moteur le vent encore dans le nez pour être sur de pouvoir sortir ! Au Sud du banc de la mauvaise, ça commence à secouer alors que nous sommes dans le canal balisé ! Je n'ose même pas imaginer ce que cela doit être au Nord dans le banc de la mauvaise. Je me souviens encore Jean-Guy qui s'amusait comme un petit fou à jouer à saute mouton alors que moi j'étais vert et j'avais envie de vomir :-( dans ces creux qui mesuraient plus de 2 mètres ! C'était du rodéo. Je pense que ces vagues étaient dues au courant contraire au vent et au coefficient supérieur à 90 ... Une fois passé la bouée d'eau saine, on vire et il semble que tout rentre dans l'ordre, les vagues se calment et le bateau avance. On est parti ! Je continue à me sentir mal à tel point que je veux commencer les quarts pour pouvoir être allonger dans mon lit dès 10 heure du matin et fermer les yeux. Lorsque j'ouvre les yeux, je prend vite mes affaires en boule jusque dans le cockpit pour pouvoir finir de m'habiller au grand air et ainsi passer le moins de temps possible à l'intérieur ... Du coup je n'ai pas pris beaucoup de photo durant ce trajet ... Et puis la nuit arrive, ma première nuit de navigation !!! Ahahah, j'achète un voilier de 37 pieds alors que je n'ai même jamais navigué de nuit ! S'il fallait attendre de passer toutes les étapes je ne partirais pas l'année prochaine alors, il faut savoir en brûler ... Bref, on enfile notre gilet et j'assure mes quarts même si Jean-Guy me laisse les quarts les plus faciles ! Et le bateau peine à avancer dans cette nuit éclairée par une pleine Lune. Le vent est contre nous et il n'est pas très fort. On demande l'appuie du moteur pour quelques heures avant que le vent adonne et nous fasse filer à 6 noeuds sans moteur. Les pêcheurs sont là, à travailler, même la nuit. Il faut les surveiller en visuel car on ne les voit pas tous sur l'AIS. De quart en quart, on voit les phares défiler lentement sur l'horizon. Je ne me sens pas encore assez bien pour me payer le luxe de descendre et regarder sur l'ordinateur de bord pour les repérer ... La nuit avance, le bateau file sans le moteur, le vent continue d'adonner et forcit même un peu. Je décide de prendre mon premier ris seul et de nuit ! Surprise, c'est facile, plus facile que sur Baladin. Même pas besoin de se mettre bout au vent, on prend le ris tout en filant ! Ça c'est cool. Comme je fais le dernier car de nuit, je vois le soleil se lever. Je l'attendais de pied ferme parce qu'il fait froid. Je vais même me mettre à l'arrière du voilier pour essayer d'attraper les premiers rayons car les voiles me font de l'ombre dans le cockpit ! La journée s'annonce nuageuse voir pluvieuse, il y a pas mal de brume et le vent continue de forcir. Le pilote automatique a du mal à continuer de barrer sans assistance. Le vent continue sa rotation anti-horaire, et nous nous retrouvons sur une allure portante avec des vagues qui nous prennent sur l'arrière babord. Le pilote a vraiment du mal à tenir le cap. Une fois dans la grande rade de la Loire, il faudra barrer à la main. Après avoir passé à l'Ouest du plateau de la Blanche, un empannage intempestif mais nécessaire nous montre l'efficacité du frein de bome. Nous faisons maintenant cap sur la baie du Pouliguen où se trouve le port de Pornichet. Une fois le port en vue, on enroule le génois, on contacte le port par radio et ils nous indiquent que ce sera à couple sur un autre voilier ! On place les pare-battages, on installe les amarres, on se met bout au vent (là on se rend compte que le vent est force 5), et on affale. La rentrée dans le port se fera sans problème et ma première mise à couple aussi :-) Ce sera autour d'une crêpe que nous célébrerons notre arrivé.