La Polynésie Française (11/05/2015 au 29/08/2015)
Nous avons été critiqués car, nous avons passé seulement 3 mois en Polynésie. Le problème (ou pas) est que nous sommes des retraités sans retraite ... Nous ne pouvons pas trop nous permettre de passer le reste de notre vie à vadrouiller les mers. Il faudra bien que l'on rebosse un jour : On a un bateau à maintenir, mais pas de bébé à nourrir ...
Fatu Hiva
Nous sommes arrivés à Fatu Hiva le 11 Mai 2015 illégalement. Dès notre arrivée, nous reconnaissons des bateaux rencontrés à Panama et nous découvrons des voiliers que nous avons entendus sur le net radio (lire le post précédent si vous voulez savoir ce que c'est que le net radio).
Ils nous apprennent que l'armée vient de quitter le mouillage après avoir distribué des amendes aux voiliers qui ont atterris dans ce mouillage sans avoir effectué leurs formalités dans le port d'entrée officiel situé à Hiva Oa. On apprend aussi que les amendes distribuées étaient uniquement payables en liquide et négociables si le voilier n'avait effectivement pas le liquide disponible. J'étais un peu en rogne d'apprendre cela ! C'est un peu la honte pour mon pays, car a priori, les Marquises sont sous la protection de l'armée française ...
Hiva Oa est splendide, une végétation luxuriante, des fruits en veux-tu en voilà, les porcs sauvages courent dans les montagnes, les cascades sont vertigineuses, le poisson est abondant. Tous ces éléments réunis font que les habitants sont détendus, agréables et légers. Chacun possède sa maison avec un potager et il semblerait que le troc est plutôt une pratique courante.
Nous sommes restés une semaine, histoire de nous promener dans les alentours et de voir le temps passer à Hiva Oa.
Une belle randonnée permet de visiter un peu l'île.
A ce moment de notre voyage, j'étais assez insouciant pour me servir moi-même ... Ce n'est que peu de temps après que je me suis rendu compte de la bêtise que je venais de faire. Honte à moi.
Ici, sur ces îles aux ressources limitées, tout appartient aux habitants. Durant notre séjour, nous obtenions fruits et légumes sous la forme de cadeau pour la plupart du temps. Autrement, c'était sous la forme d'un échange précédé d'une période de négociation. C'était plutôt sympa d'échanger, car à la fin, tout le monde est content et à l'impression d'avoir fait une affaire.
Nous étions assez bons pour faire du troc, car nous parlons français. Je me souviens même avoir organisé une réunion de troc entre des Marquisiens et d'autres bateaux ne parlant pas français. J'étais l'interprète. C'était en quelques sortes une réunion Tupperware, où l'un (le voileux) expose son matériel de pêche, T-shirts, chapeaux, cordages et l'autre (le Marquisien) expose de l'artisanat, des fruits, des légumes, ... Le tout avec une ambiance bon enfant.
Cette fois ci, nous avions fini pour regrouper tous les bateaux du mouillage pour un dîner organisé par Timo, sa femme et ses voisins.
Dans les photos suivantes, on peut voir Timo et son voisin qui organisent un four Marquisien, à l'ancienne.
La photo suivante, c'est le voileux qui tente pour la première fois d'ouvrir une noix de coco ...
J'avais oublié que durant notre traversée, nous avions déchiré notre grand voile. C'était le début de la fin de nos voiles qui vont pourtant durer jusqu'en Nouvelle Zélande. Notre Grand-Voile était très fatiguée et demandait d'être mise à la retraite ...
Hiva Oa
Il était temps de partir à Hiva Oa pour faire notre entrée officielle, visiter les tombes de Jacques Brel et de Paul Gauguin, et voir des anciens temples encore bien conservés du temps.
En vadrouille avec l'équipage du voilier Ednabel : Sasha et Roger.
Roger était un des animateurs du Net à la radio. Nous connaissions sa voix avant même de le rencontrer. Nous avons traversé le Pacifique en même temps qu'eux et suivions leur avancé chaque jour.
C'est aussi Roger qui m'a introduit en tant que Net contrôleur dans le Magellan Net. Donc chaque mardi matin et soir, j'étais devenu contrôleur du net Magellan. J'étais responsable d'animer le net. Dans les organisateurs de ce net, j'étais le seul avec l'accent français. Ça me permettait aussi d'améliorer mon anglais. En plus d'animer le net tous les mardis, j'étais aussi bénévole pour traduire le bulletin météo journalier fourni par Météo France sur la zone Marquises, Tuamotu et Tahiti.
Cette initiative était très apprécié. Nous avons rencontré beaucoup de voiliers qui chaque matin allumaient leur radio afin d'écouter le bulletin météo de Météo France traduit et annoncé en anglais avec l'accent français, s'il vous plait.
Tahuata
Nous n'avons pas vraiment eu le temps de faire le tour d'Hiva Oa. Nous sommes par contre aller butiner sur l'île d'à côté : Tahuata.
Nous sommes ensuite allés à Vaitahu, le petit village de Tahuata. C'est ici que nous avons fait connaissance du catamaran Full Circle, un couple de jeunes ... retraités ...
Sur les photos ci-dessous, vous pouvez voir la jetée sur laquelle nous sommes censés attacher notre annexe.
Ce jour-là, il y avait une houle d'environ un mètre extrêmement longue comme souvent ici dans le Pacifique. C'est assez difficile de la voir arriver, mais lorsqu'elle arrive, l'eau qui était au niveau de tes pieds s'en va pour ensuite revenir comme un raz de marée jusqu'aux anches : impressionnant.
Donc pour attacher les annexes, il faut une ancre à l'arrière et un bout à l'avant pour éviter de voir l'annexe s'échouer sur les rochers.
Pour monter et descendre de l'annexe, il faut être bien en phase avec la houle.
Nous sommes restés 2 ou 3 jours histoire d'aller à la messe du dimanche, faire un peu de troc et visiter quelques artistes.
Durant une session de troc dans le village, une voiture vient me chercher, car il semblerait que j'ai un problème avec mon annexe. Le petit moteur hors-bord s'est fait arracher par un bout d'une barque située derrière. Ils me conduisent à la jetée où se trouve mon annexe. En route, le conducteur s'arrête dans une maison pour récupérer un masque de plongé, il semblerait qu'il va falloir plonger.
Une fois arrivé à la fameuse jetée, je ne vois plus que le support du moteur, le moteur ayant disparu. Le moteur était sous l'annexe dans environ 5 mètres d'eau. J'ai donc sauté à l'eau avec le masque pour tenter d'extraire le moteur de l'eau avec un bout. Une fois l'opération effectuée, c'était mission sauvetage du moteur de l'annexe. Grâce à l'aide de quelques locaux, j'ai démonté et rincé le moteur à l'eau douce, j'ai laissé sécher, j'ai mis un peu d'essence et il est reparti (presque) au quart de tour.
Puis nous sommes repartis en direction de Nuku Hiva où nous avions rendez-vous avec une aventurière : ma maman.
Nuku Hiva
Venir nous rejoindre c'est une aventure.
Nous avons mouillé dans un mouillage proche de l'aéroport de Nuku Hiva. De là, j'ai pu récupérer notre aventurière à pied. C'est une Marquisienne qui nous a ramené au mouillage avec son véhicule. Les derniers 200 mètres jusqu'au bateau, c'était en annexe avec le moteur réparé. C'était assez folklorique, mais Cendrine sait à quoi s'attendre étant donné qu'elle vient quasiment chaque année. Maman est venu pour le canal du midi, pour une virée en Corse et pour une balade entre le Maroc et Séville. Cette année là, c'était une aventure en Polynésie française pour 3 ou 4 semaines.
Après l’atterrissage, nous sommes partis le lendemain vers le Sud de Nuku Hiva, à Daniel's Bay où nous avons retrouvé Full Circle. La navigation était un peu violente, mais nous avons éventuellement trouvé refuge dans la baie. De là, nous sommes partis à la découverte de la vallée des rois où une vertigineuse cascade transforme la vallée en un splendide cul-de-sac.
La randonnée dans la vallée des Rois passe à travers des vestiges d'anciens villages où l'on peut encore voir le tracé des maisons ayant probablement abrité quelques âmes. La forêt est splendide et dégage une telle énergie qu'on la croirait magique. J'ai quelquefois eu le même sentiment dans la forêt magique de Fontainebleau...
Ua Pou
Avant de prendre le large cap sur Tuamotu, nous avons fait escale à Ua Pou. Du mouillage un peu rouleur, nous sommes partis en randonné dans l'idée de nous rapprocher de ces pics rocheux qui appellent à l'escalade. En parlant avec les locaux, des Allemands sont déjà venus dans le coin pour ouvrir des voies sur ces pics.
Notre randonnée nous a amené en haut des collines surplombant notre mouillage. Sur la route du retour, nous nous sommes arrêtés dans une petite cascade avec un bassin d'eau douce invitant à la baignade.
Après cette escale, nous nous préparons pour notre voyage vers les Tuamotu. 530 miles nautiques nous séparent. Il va nous falloir environ 5 jours pour y parvenir.
En route vers Tuamotu
Comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, la météo était assez instable avec des grains arrivant de l'arrière ou sur notre bâbord. Les grains n'étaient vraiment pas violents, mais ils rendent la navigation fatiguante à cause des changements du vent en force et en direction. Je me souviens avoir utilisé largement le moteur afin de calmer mon impatience.
Éventuellement, nous sommes arrivés un beau matin à Tahanea.
Une fois la passe dans la barrière de corail négocié, nous nous retrouvons dans un lagon en eau turquoise. Dans cet atoll, il n'y a personne, pas une âme errante. Je crois qu'il y avait 3 autres voiliers mouillés dans la totalité du lagon. Bien entendu, nous connaissions ces voiliers. Il y avait le catamaran "7 à vivre", une famille avec 5 enfants partis de Belgique et, "Flying Cloud" que nous avions rencontré pour la première fois à Panama et que nous n'avions pas revu depuis.
Nous avons passé quelques jours dans cet atoll à tenter d'explorer chaque recoin de corail à la recherche du poisson possédant le plus de couleur.
Une fois reposés de notre voyage de 5 jours, nous nous sommes dirigés vers l’atoll de Faaite, juste au Sud de Fakarava.
A Faaite, la passe n'était pas trop difficile, il semblerait que nous sommes arrivés au bon moment. Et oui, il faut arriver au bon moment devant la passe d'une atoll au risque de se retrouver dans un puissant courant contraire qui interdit l'entrée dans le lagon. Le problème est de prédire le sens du courant dans la passe, car il n'est pas seulement dépendant de la marée. La force et la direction du courant dans la passe dépend de la configuration géographique de l'atoll, du vent et de la houle remplissant le lagon.
Après Faaite, nous sommes allés à Fakarava où un grand nombre de voilier que nous connaissons sont déjà là. Il semblerait que des feux vont s'organiser sur la plage afin de griller quelques poissons, vider quelques bouteilles de rhum Abuelo (Rhum Panaméen que tout le monde achète avant de se rendre en Polynésie) et débattre de celui qui a trouvé le plus beau spot de plonger dans le coin.
Comme le temps passe pour ma maman et que la météo n'est pas très bonne pour continuer notre voyage vers Tahiti, Cendrine prendra un avion du Nord de Fakarava vers Tahiti.
Comme Fakarava est une très grande atoll, il faut compter une journée pour aller du Sud au Nord. Par faute de vent, nous avions dû utiliser le moteur. Sur nos cartes, la route était plutôt directe et sans embûche. Nous nous sommes détendus et avons profité du soleil. Au moment du déjeuner, on s’apprêtait à s'asseoir dans le cockpit pour manger, que soudainement, ma maman a remarqué qu'une patate de corail géante se trouvait juste sur notre bâbord, à environ 30 ou 50 mètres. C'était la panique pour le capitaine, car ce n'était pas du tout prévu. Il se fut de peu pour que nous talonnions sur cette patate à fleur d'eau.
Heureusement, nous ne nous sommes pas échoués, mais après cette découverte, une personne était constamment à l'avant à surveiller devant l'étrave.
Une fois arrivés dans le petit village de Fakarava, nous avons eu le temps de visiter une ferme de perle de culture et de visiter les alentours.
Avant que le mauvais temps arrive, c'est avec tristesse que ma mère est repartie pour la France. Nous ne savons pas vraiment quand nous nous reverrons. Ce n'est pas évident de gérer la relation familiale avec la distance qui ne cesse de s'agrandir et le temps qui passe inexorablement.
Tahiti
Le voyage continue. Des joyaux de la Polynésie restent à découvrir.
Après 3 jours de navigation de Fakarava vers Tahiti-Nui, nous arrivons dans le mouillage de Cook. Notre intention est de faire le tour de Tahiti en nous arrêtant à quelques endroits histoire d'avoir un aperçu de l'île avant de nous poser quelques jours à Papeete.
Lors de notre navigation autour de Tahiti, un empennage chinois déchira notre Grand-Voile pour la seconde fois depuis Panama. Bien que nous utilisions un bout pour retenir la baume en cas d'empennage non contrôlé, le choc de la voile a suffit pour la déchirer.
A Papeete, nous renouons avec les grandes surfaces où nous trouvons tous. En fait c'est assez impressionnant de trouver tous dans ces grandes surfaces alors que nous sommes perchés sur un bout de rocher planter au beau milieu du Pacifique. C'est à Tahiti que tous les stocks arrivent et sont ensuite distribués dans les îles aux alentours jusqu'aux Marquises.
Nous étions assez chanceux pour que notre arrivée coïncide avec les jeux olympiques de Polynésie.
Il y avait aussi une compétition de danse polynésienne, apportant des équipes de danseur venant de toutes les îles de Polynésie. C'était génial d'assister à cet événement culturel rempli de traditions.
Une fois rassasiés de la ville, nous continuons notre voyage en direction de Moorea, à une demi-journée de Papeete.
Moorea
Moorea est tout simplement magnifique. Les sommets situés au centre de l'île semblent protéger ces habitats et habitants. Nous avons fait le tour de l'île avec nos vélos pliables. C'était un peu long, mais la récompense de cet effort en valait le coup.
C'est dommage que nous n'ayons pas plus de photos à montrer de cette île.
Raiatea et Tahaa
Après quelques jours à Moorea, nous avons mis le cap sur Raiatea. Comme à Moorea, c'est avec nos vélos pliables que nous avons exploré l'île.
A Raiatea et A Tahaa, il y a des fermes de vanille. Nous en avons visité une. C'était aussi l'occasion de se fournir un peu de vanille afin de rendre mon café matinal un peu plus exotique.
Pareil que pour Moorea, je regrette de ne pas avoir plus de photos, car je me souviens encore de ces plongées effectuées au Nord de Tahaa dans des jardins de Coraux exceptionnels.
Bora Bora
Quand on entend le mot Bora Bora, ça fait rêver. Pour nous en voyage à travers la Polynésie avec notre moyen de locomotion, Bora Bora résonne avec hôtels, palaces, tourisme de masse. Effectivement, après avoir fait le tour de l'île avec nos vélos, il y a beaucoup d’hôtels, de clubs et des resorts avec les bungalows sur pilotis qui font le décors des cartes postales.
Cependant, même avec les nombreuses infrastructures utilisées pour recevoir les touristes, même avec les a priori que nous avions, l'île reste magnifique et vaut le détour. Grâce à notre quille relevable, nous avons pu mouiller en eau peu profonde, dans une eau turquoise avec vu sur les monts de Bora Bora.
Maupiti
Cependant, alors que nous étions à Bora Bora, nous ne savions pas que Maupiti était tout de Bora Bora sans le tourisme.
Par contre, pour aller à Maupiti, c'est beaucoup plus dur à cause de la passe. Lorsque nous nous sommes engagés dans la passe de Maupiti, il y avait une grosse houle provenant du Sud-Est, passant au-dessus de la barrière de corail et remplissant le lagon. Cela a pour effet d'avoir un courant sortant dans la passe, car le lagon est plein d'eau due à la houle le remplissant.
Alors que nous sommes engagés dans la passe, je me rends compte de 2 choses :
Une fois rentrés, c'est la paradis. Quelques habitions sont là, juste après la passe, sur le motu le bordant. Ensuite, il n'est pas rare de voir les raies rasant les fonds de sable blanc. Un peu plus loin, sur l'île principale, au pied de la montagne de Maupiti se trouve un petit village. On est loin des boom-booms de Bora Bora, c'est paisible.
Une petite marche mène au sommet de l'île. C'est delà que j'ai pu prendre cette magnifique photo. On peut voir la fameuse passe dans le second plan.
Un soir, un concert était organisé dans le bar du village. Nous avons rencontré pas mal de locaux. Lorsqu'ils ont appris que notre intention était d'aller à Maupihaa, ils souhaitaient nous donner de la farine, des oeufs pour quelques locaux vivant à Maupihaa ...
Pour aller à Maupihaa, il a bien fallu sortir par la fameuse passe. La sortie était un peu moins stressante que l'entrée étant donné que le courant nous était favorable. Par contre, comme en témoigne la photo ci-dessus, on s'est fait bousculer.
Maupihaa
Maupihaa est un lagon situé quasiment à l’extrême Est de la Polynésie française. Environ 12 familles y vivent et travaillent dans les plantations de coco afin d'y exploiter le copra.
A Maupihaa, on est détaché du monde, on est déjà loin de Papeete, le dernier ravitaillement date d'il y a 3 mois.
Après avoir mouillé dans le Sud de Maupihaa, nous avons trouvé sans difficulté Edgar, à qui nous devons délivrer quelques vivres. En échange, il nous donne du poisson qu'il vient juste de pêcher.
A Maupihaa, nous retrouvons quelques voiliers que nous connaissons, tous des jeunes de nos âges. Un soir, nous nous retrouvons invités à dîner avec le voilier Kuhela, dans une famille où 3 générations vivent ensemble.
Nous avons goutté pour la première fois le crabe de cocotier et notamment le foie gras polynésien (le contenu de la carapace du crabe qui est extrêmement gras).
Dans la soirée, probablement après avoir bu quelques verres de leur alcool (lait de coco fermenté à l'aide de levure), nous les convainquons de nous embaucher pour travailler le copra.
Toute la famille travaille et chacun a ces responsabilités. On a su nous rendre utiles, mais je pense qu'ils ont bien rigolé de nous, créant une bonne atmosphère et des liens.
Maupihaa est notre dernière escale en Polynésie française, mais elle est probablement une de nos favorites des îles sous le vent.
Maupihaa est aussi la dernière escale avant une longue traversée de 10 jours en direction de l'atoll non cartographié de Beveridge Reef, de l'île de Niue et du royaume du Tonga.

Hiva Oa est splendide, une végétation luxuriante, des fruits en veux-tu en voilà, les porcs sauvages courent dans les montagnes, les cascades sont vertigineuses, le poisson est abondant. Tous ces éléments réunis font que les habitants sont détendus, agréables et légers. Chacun possède sa maison avec un potager et il semblerait que le troc est plutôt une pratique courante.
Nous sommes restés une semaine, histoire de nous promener dans les alentours et de voir le temps passer à Hiva Oa.
Une belle randonnée permet de visiter un peu l'île.
A ce moment de notre voyage, j'étais assez insouciant pour me servir moi-même ... Ce n'est que peu de temps après que je me suis rendu compte de la bêtise que je venais de faire. Honte à moi.
Ici, sur ces îles aux ressources limitées, tout appartient aux habitants. Durant notre séjour, nous obtenions fruits et légumes sous la forme de cadeau pour la plupart du temps. Autrement, c'était sous la forme d'un échange précédé d'une période de négociation. C'était plutôt sympa d'échanger, car à la fin, tout le monde est content et à l'impression d'avoir fait une affaire.
Nous étions assez bons pour faire du troc, car nous parlons français. Je me souviens même avoir organisé une réunion de troc entre des Marquisiens et d'autres bateaux ne parlant pas français. J'étais l'interprète. C'était en quelques sortes une réunion Tupperware, où l'un (le voileux) expose son matériel de pêche, T-shirts, chapeaux, cordages et l'autre (le Marquisien) expose de l'artisanat, des fruits, des légumes, ... Le tout avec une ambiance bon enfant.
Cette fois ci, nous avions fini pour regrouper tous les bateaux du mouillage pour un dîner organisé par Timo, sa femme et ses voisins.
Dans les photos suivantes, on peut voir Timo et son voisin qui organisent un four Marquisien, à l'ancienne.
La photo suivante, c'est le voileux qui tente pour la première fois d'ouvrir une noix de coco ...
J'avais oublié que durant notre traversée, nous avions déchiré notre grand voile. C'était le début de la fin de nos voiles qui vont pourtant durer jusqu'en Nouvelle Zélande. Notre Grand-Voile était très fatiguée et demandait d'être mise à la retraite ...
Hiva Oa
Il était temps de partir à Hiva Oa pour faire notre entrée officielle, visiter les tombes de Jacques Brel et de Paul Gauguin, et voir des anciens temples encore bien conservés du temps.
En vadrouille avec l'équipage du voilier Ednabel : Sasha et Roger.
Roger était un des animateurs du Net à la radio. Nous connaissions sa voix avant même de le rencontrer. Nous avons traversé le Pacifique en même temps qu'eux et suivions leur avancé chaque jour.
C'est aussi Roger qui m'a introduit en tant que Net contrôleur dans le Magellan Net. Donc chaque mardi matin et soir, j'étais devenu contrôleur du net Magellan. J'étais responsable d'animer le net. Dans les organisateurs de ce net, j'étais le seul avec l'accent français. Ça me permettait aussi d'améliorer mon anglais. En plus d'animer le net tous les mardis, j'étais aussi bénévole pour traduire le bulletin météo journalier fourni par Météo France sur la zone Marquises, Tuamotu et Tahiti.
Cette initiative était très apprécié. Nous avons rencontré beaucoup de voiliers qui chaque matin allumaient leur radio afin d'écouter le bulletin météo de Météo France traduit et annoncé en anglais avec l'accent français, s'il vous plait.
Tahuata
Nous n'avons pas vraiment eu le temps de faire le tour d'Hiva Oa. Nous sommes par contre aller butiner sur l'île d'à côté : Tahuata.
Nous sommes ensuite allés à Vaitahu, le petit village de Tahuata. C'est ici que nous avons fait connaissance du catamaran Full Circle, un couple de jeunes ... retraités ...
Sur les photos ci-dessous, vous pouvez voir la jetée sur laquelle nous sommes censés attacher notre annexe.
Ce jour-là, il y avait une houle d'environ un mètre extrêmement longue comme souvent ici dans le Pacifique. C'est assez difficile de la voir arriver, mais lorsqu'elle arrive, l'eau qui était au niveau de tes pieds s'en va pour ensuite revenir comme un raz de marée jusqu'aux anches : impressionnant.
Donc pour attacher les annexes, il faut une ancre à l'arrière et un bout à l'avant pour éviter de voir l'annexe s'échouer sur les rochers.
Pour monter et descendre de l'annexe, il faut être bien en phase avec la houle.
Nous sommes restés 2 ou 3 jours histoire d'aller à la messe du dimanche, faire un peu de troc et visiter quelques artistes.
Durant une session de troc dans le village, une voiture vient me chercher, car il semblerait que j'ai un problème avec mon annexe. Le petit moteur hors-bord s'est fait arracher par un bout d'une barque située derrière. Ils me conduisent à la jetée où se trouve mon annexe. En route, le conducteur s'arrête dans une maison pour récupérer un masque de plongé, il semblerait qu'il va falloir plonger.
Une fois arrivé à la fameuse jetée, je ne vois plus que le support du moteur, le moteur ayant disparu. Le moteur était sous l'annexe dans environ 5 mètres d'eau. J'ai donc sauté à l'eau avec le masque pour tenter d'extraire le moteur de l'eau avec un bout. Une fois l'opération effectuée, c'était mission sauvetage du moteur de l'annexe. Grâce à l'aide de quelques locaux, j'ai démonté et rincé le moteur à l'eau douce, j'ai laissé sécher, j'ai mis un peu d'essence et il est reparti (presque) au quart de tour.
Puis nous sommes repartis en direction de Nuku Hiva où nous avions rendez-vous avec une aventurière : ma maman.
Nuku Hiva
Venir nous rejoindre c'est une aventure.
Nous avons mouillé dans un mouillage proche de l'aéroport de Nuku Hiva. De là, j'ai pu récupérer notre aventurière à pied. C'est une Marquisienne qui nous a ramené au mouillage avec son véhicule. Les derniers 200 mètres jusqu'au bateau, c'était en annexe avec le moteur réparé. C'était assez folklorique, mais Cendrine sait à quoi s'attendre étant donné qu'elle vient quasiment chaque année. Maman est venu pour le canal du midi, pour une virée en Corse et pour une balade entre le Maroc et Séville. Cette année là, c'était une aventure en Polynésie française pour 3 ou 4 semaines.
Après l’atterrissage, nous sommes partis le lendemain vers le Sud de Nuku Hiva, à Daniel's Bay où nous avons retrouvé Full Circle. La navigation était un peu violente, mais nous avons éventuellement trouvé refuge dans la baie. De là, nous sommes partis à la découverte de la vallée des rois où une vertigineuse cascade transforme la vallée en un splendide cul-de-sac.
La randonnée dans la vallée des Rois passe à travers des vestiges d'anciens villages où l'on peut encore voir le tracé des maisons ayant probablement abrité quelques âmes. La forêt est splendide et dégage une telle énergie qu'on la croirait magique. J'ai quelquefois eu le même sentiment dans la forêt magique de Fontainebleau...
Ua Pou
Avant de prendre le large cap sur Tuamotu, nous avons fait escale à Ua Pou. Du mouillage un peu rouleur, nous sommes partis en randonné dans l'idée de nous rapprocher de ces pics rocheux qui appellent à l'escalade. En parlant avec les locaux, des Allemands sont déjà venus dans le coin pour ouvrir des voies sur ces pics.
Notre randonnée nous a amené en haut des collines surplombant notre mouillage. Sur la route du retour, nous nous sommes arrêtés dans une petite cascade avec un bassin d'eau douce invitant à la baignade.
Après cette escale, nous nous préparons pour notre voyage vers les Tuamotu. 530 miles nautiques nous séparent. Il va nous falloir environ 5 jours pour y parvenir.
En route vers Tuamotu
Comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, la météo était assez instable avec des grains arrivant de l'arrière ou sur notre bâbord. Les grains n'étaient vraiment pas violents, mais ils rendent la navigation fatiguante à cause des changements du vent en force et en direction. Je me souviens avoir utilisé largement le moteur afin de calmer mon impatience.
Éventuellement, nous sommes arrivés un beau matin à Tahanea.
Une fois la passe dans la barrière de corail négocié, nous nous retrouvons dans un lagon en eau turquoise. Dans cet atoll, il n'y a personne, pas une âme errante. Je crois qu'il y avait 3 autres voiliers mouillés dans la totalité du lagon. Bien entendu, nous connaissions ces voiliers. Il y avait le catamaran "7 à vivre", une famille avec 5 enfants partis de Belgique et, "Flying Cloud" que nous avions rencontré pour la première fois à Panama et que nous n'avions pas revu depuis.
Nous avons passé quelques jours dans cet atoll à tenter d'explorer chaque recoin de corail à la recherche du poisson possédant le plus de couleur.
Une fois reposés de notre voyage de 5 jours, nous nous sommes dirigés vers l’atoll de Faaite, juste au Sud de Fakarava.
A Faaite, la passe n'était pas trop difficile, il semblerait que nous sommes arrivés au bon moment. Et oui, il faut arriver au bon moment devant la passe d'une atoll au risque de se retrouver dans un puissant courant contraire qui interdit l'entrée dans le lagon. Le problème est de prédire le sens du courant dans la passe, car il n'est pas seulement dépendant de la marée. La force et la direction du courant dans la passe dépend de la configuration géographique de l'atoll, du vent et de la houle remplissant le lagon.
Après Faaite, nous sommes allés à Fakarava où un grand nombre de voilier que nous connaissons sont déjà là. Il semblerait que des feux vont s'organiser sur la plage afin de griller quelques poissons, vider quelques bouteilles de rhum Abuelo (Rhum Panaméen que tout le monde achète avant de se rendre en Polynésie) et débattre de celui qui a trouvé le plus beau spot de plonger dans le coin.
Comme le temps passe pour ma maman et que la météo n'est pas très bonne pour continuer notre voyage vers Tahiti, Cendrine prendra un avion du Nord de Fakarava vers Tahiti.
Comme Fakarava est une très grande atoll, il faut compter une journée pour aller du Sud au Nord. Par faute de vent, nous avions dû utiliser le moteur. Sur nos cartes, la route était plutôt directe et sans embûche. Nous nous sommes détendus et avons profité du soleil. Au moment du déjeuner, on s’apprêtait à s'asseoir dans le cockpit pour manger, que soudainement, ma maman a remarqué qu'une patate de corail géante se trouvait juste sur notre bâbord, à environ 30 ou 50 mètres. C'était la panique pour le capitaine, car ce n'était pas du tout prévu. Il se fut de peu pour que nous talonnions sur cette patate à fleur d'eau.
Heureusement, nous ne nous sommes pas échoués, mais après cette découverte, une personne était constamment à l'avant à surveiller devant l'étrave.
Une fois arrivés dans le petit village de Fakarava, nous avons eu le temps de visiter une ferme de perle de culture et de visiter les alentours.
Avant que le mauvais temps arrive, c'est avec tristesse que ma mère est repartie pour la France. Nous ne savons pas vraiment quand nous nous reverrons. Ce n'est pas évident de gérer la relation familiale avec la distance qui ne cesse de s'agrandir et le temps qui passe inexorablement.
Tahiti
Le voyage continue. Des joyaux de la Polynésie restent à découvrir.
Après 3 jours de navigation de Fakarava vers Tahiti-Nui, nous arrivons dans le mouillage de Cook. Notre intention est de faire le tour de Tahiti en nous arrêtant à quelques endroits histoire d'avoir un aperçu de l'île avant de nous poser quelques jours à Papeete.
Lors de notre navigation autour de Tahiti, un empennage chinois déchira notre Grand-Voile pour la seconde fois depuis Panama. Bien que nous utilisions un bout pour retenir la baume en cas d'empennage non contrôlé, le choc de la voile a suffit pour la déchirer.
A Papeete, nous renouons avec les grandes surfaces où nous trouvons tous. En fait c'est assez impressionnant de trouver tous dans ces grandes surfaces alors que nous sommes perchés sur un bout de rocher planter au beau milieu du Pacifique. C'est à Tahiti que tous les stocks arrivent et sont ensuite distribués dans les îles aux alentours jusqu'aux Marquises.
Nous étions assez chanceux pour que notre arrivée coïncide avec les jeux olympiques de Polynésie.
Il y avait aussi une compétition de danse polynésienne, apportant des équipes de danseur venant de toutes les îles de Polynésie. C'était génial d'assister à cet événement culturel rempli de traditions.
Une fois rassasiés de la ville, nous continuons notre voyage en direction de Moorea, à une demi-journée de Papeete.
Moorea
Moorea est tout simplement magnifique. Les sommets situés au centre de l'île semblent protéger ces habitats et habitants. Nous avons fait le tour de l'île avec nos vélos pliables. C'était un peu long, mais la récompense de cet effort en valait le coup.
C'est dommage que nous n'ayons pas plus de photos à montrer de cette île.
Raiatea et Tahaa
Après quelques jours à Moorea, nous avons mis le cap sur Raiatea. Comme à Moorea, c'est avec nos vélos pliables que nous avons exploré l'île.
A Raiatea et A Tahaa, il y a des fermes de vanille. Nous en avons visité une. C'était aussi l'occasion de se fournir un peu de vanille afin de rendre mon café matinal un peu plus exotique.
Pareil que pour Moorea, je regrette de ne pas avoir plus de photos, car je me souviens encore de ces plongées effectuées au Nord de Tahaa dans des jardins de Coraux exceptionnels.
Bora Bora
Quand on entend le mot Bora Bora, ça fait rêver. Pour nous en voyage à travers la Polynésie avec notre moyen de locomotion, Bora Bora résonne avec hôtels, palaces, tourisme de masse. Effectivement, après avoir fait le tour de l'île avec nos vélos, il y a beaucoup d’hôtels, de clubs et des resorts avec les bungalows sur pilotis qui font le décors des cartes postales.
Cependant, même avec les nombreuses infrastructures utilisées pour recevoir les touristes, même avec les a priori que nous avions, l'île reste magnifique et vaut le détour. Grâce à notre quille relevable, nous avons pu mouiller en eau peu profonde, dans une eau turquoise avec vu sur les monts de Bora Bora.
Maupiti
Cependant, alors que nous étions à Bora Bora, nous ne savions pas que Maupiti était tout de Bora Bora sans le tourisme.
Par contre, pour aller à Maupiti, c'est beaucoup plus dur à cause de la passe. Lorsque nous nous sommes engagés dans la passe de Maupiti, il y avait une grosse houle provenant du Sud-Est, passant au-dessus de la barrière de corail et remplissant le lagon. Cela a pour effet d'avoir un courant sortant dans la passe, car le lagon est plein d'eau due à la houle le remplissant.
Alors que nous sommes engagés dans la passe, je me rends compte de 2 choses :
- Le courant est très très fort et m'oblige à mettre le moteur littéralement à fond afin de ne pas faire du sur place. Le fort courant et la puissance exercée par notre hélice pour faire avancer le bateau rend le bateau extrêmement sensible à la barre. Si par malheur, je fais une erreur à la barre, le courant prendrait le bateau et le forcerait à faire un demi-tour
- Une fois engagé, je me rends compte que la passe est très étroite : je peu voir sur bâbord et tribord le corail se découvrir au creux de la grosse houle. Voir la houle se casser sur le corail aussi proche du bateau n'est pas quelque chose de rassurant. Je me rend donc compte qu'il est désormais interdit de faire demi-tour. C'est dans ces moments là que l'Adrénaline monte et peu décupler tes capacités de concentration.
Une fois rentrés, c'est la paradis. Quelques habitions sont là, juste après la passe, sur le motu le bordant. Ensuite, il n'est pas rare de voir les raies rasant les fonds de sable blanc. Un peu plus loin, sur l'île principale, au pied de la montagne de Maupiti se trouve un petit village. On est loin des boom-booms de Bora Bora, c'est paisible.
Une petite marche mène au sommet de l'île. C'est delà que j'ai pu prendre cette magnifique photo. On peut voir la fameuse passe dans le second plan.
Un soir, un concert était organisé dans le bar du village. Nous avons rencontré pas mal de locaux. Lorsqu'ils ont appris que notre intention était d'aller à Maupihaa, ils souhaitaient nous donner de la farine, des oeufs pour quelques locaux vivant à Maupihaa ...
Pour aller à Maupihaa, il a bien fallu sortir par la fameuse passe. La sortie était un peu moins stressante que l'entrée étant donné que le courant nous était favorable. Par contre, comme en témoigne la photo ci-dessus, on s'est fait bousculer.
Maupihaa
Maupihaa est un lagon situé quasiment à l’extrême Est de la Polynésie française. Environ 12 familles y vivent et travaillent dans les plantations de coco afin d'y exploiter le copra.
A Maupihaa, on est détaché du monde, on est déjà loin de Papeete, le dernier ravitaillement date d'il y a 3 mois.
Après avoir mouillé dans le Sud de Maupihaa, nous avons trouvé sans difficulté Edgar, à qui nous devons délivrer quelques vivres. En échange, il nous donne du poisson qu'il vient juste de pêcher.
A Maupihaa, nous retrouvons quelques voiliers que nous connaissons, tous des jeunes de nos âges. Un soir, nous nous retrouvons invités à dîner avec le voilier Kuhela, dans une famille où 3 générations vivent ensemble.
Nous avons goutté pour la première fois le crabe de cocotier et notamment le foie gras polynésien (le contenu de la carapace du crabe qui est extrêmement gras).
Dans la soirée, probablement après avoir bu quelques verres de leur alcool (lait de coco fermenté à l'aide de levure), nous les convainquons de nous embaucher pour travailler le copra.
Toute la famille travaille et chacun a ces responsabilités. On a su nous rendre utiles, mais je pense qu'ils ont bien rigolé de nous, créant une bonne atmosphère et des liens.
Maupihaa est notre dernière escale en Polynésie française, mais elle est probablement une de nos favorites des îles sous le vent.
Maupihaa est aussi la dernière escale avant une longue traversée de 10 jours en direction de l'atoll non cartographié de Beveridge Reef, de l'île de Niue et du royaume du Tonga.

Sundy a raconté ces mêmes jours, en anglais, vue de son bord. Lire son récit →
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